Les paroles de Frania HAVERLAND, rescapée des camps de la mort, bouleversent les élèves…


 

En conclusion du récit bouleversant de son itinéraire de vie, Frania a délivré ce message à l’assistance silencieuse : « Soyons vigilants, nous sommes de couleurs différentes, de langues différentes, de pays différents et c’est la richesse du monde. On se cultive en allant vers les autres, en voyageant, notre monde est ouvert… réfléchissons à ça. Il ne faut pas voir le danger dans l’autre, bien au contraire, il faut avoir la curiosité de l’autre, c’est comme ça qu’on se construit ».

Un extrait vidéo, des propos de Frania Haverland, en attendant l’intégralité de son témoignage…

https://youtu.be/2QUtv3W46NE 

Frania Eisenbach Haverland, est née juive en Pologne en 1926, elle a donc 13 ans au début de la seconde Guerre mondiale. Sa vie est heureuse dans une famille de musiciens,son père est chef d’orchestre, sa mère pianiste, son frère aîné violoniste, jusqu’à ce que les allemands envahissent la Pologne le 7 septembre 1939 et fassent brutalement basculer sa vie pour la plonger dans l’horreur. Car son village de Tarnow n’échappe pas à la barbarie, des vieillards et des enfants sont emmenés en nombre vers des destinations inconnues. « Au début, lorsque qu’on voyait les camions bâchés s’en aller, nous pensions que c’était pour les mettre à l’abri, pour les protéger ». Puis très vite, les familles juives sont expulsées de leurs maisons pour être parquées dans un quartier où elles vivaient à plusieurs dans le même logement, sans se connaître. Après une rafle, son père est parti se cacher… elle ne le reverra jamais. Lors du transfert de la famille d’un ghetto à un autre, Frania lâche la main de sa mère dans la foule et se retrouve séparée d’elle et de son frère cadet, seule avec son frère aîné.

Vient  alors le temps de la déportation, voyages interminables dans des wagons à bestiaux, sans boire ni manger, peu arrivaient vivants à destination D’abord le camp de Plaszow près de Cracovie, dirigé par un commandant sanguinaire, mis en scène par Steven Spielberg dans son film « La liste de Schindler ». Elle y travaille par -30°, attrape le typhus mais survit, malgré le manque d’hygiène et de nourriture. Elle témoigne, des centaines de prisonniers du camp ont été sauvés par Schindler et c’est d’ailleurs après avoir vu le film de Steven Spielberg qu’elle a décidé de témoigner, afin que plus jamais cela ne se reproduise.

« Puis, je suis mise dans un nouveau convoi,. A nouveau la chaleur, la déshydratation et les gens qui meurent pendant le voyage » – destination Auschwitz – « En sortant du train, j’ai vu un épais brouillard, tout semblait irréel », c’était la fumée des fours crématoires. Elle échappe à la chambre à gaz, est rasée, désinfectée et inspectée par le docteur Mengele « le plus grand monstre que la terre ait portée », les conditions d’existence sont indicibles. Elle passe ensuite dans le camp de Birkenau, avant de reprendre le train vers une autre destination, cette fois ce sera le camp de Flossemburg en Allemagne. là, elle travaille dans une usine de pièces détachées jusqu »à l’épuisement et ne survit que grâce à la solidarité qui règne entre les déportées. Fin 1944, l’hiver est terrible, l’usine est visée par les bombardements alliés, l’espoir renaît. Les prisonniers sont déplacés dans la forêt où, malgré le froid mordant et la neige sur leurs vêtements légers, ils contemplent les batailles aériennes dans le ciel étoilé.

Nouveau convoi « celui-là est interminable, il y a plus de morts que vivants dans les wagons. Arrivés à destination, on nous compte, on nous met en rang et nous marchons vers une destination inconnue… une marche de la mort »… c’est l’arrivée au camp de Thérésienstadt en Tchécoslovaquie. « Un camp dans lequel les allemands n’entraient pas, mais nous n’avions pas de ravitaillement. Le 8 mai 1945, les russes arrivent, mais ils ne s’occupent pas de nous, ils ont peurs des maladies contagieuses ».

Elle est finalement soignée par la Croix rouge et n’a qu’une idée en tête, partir pour la France, pays des Lumières où son père lui avait dit rêver y diriger un jour un orchestre. Elle jette ses dernières forces dans l’aventure et arrive se retrouve à Paris à l’hôtel Lutetia, au milieu des autres survivants des camps. Au bout de quelques jours, Elle se retrouve sur le trottoir devant l’hôtel seule, elle ne parle pas le français, ne connait personne à Paris et n’a pas d’argent. La solidarité s’organise autour d’elle et lui permet de subsister, d’accéder à une formation professionnelle, de commencer une nouvelle vie et fonder une famille.

Plus de soixante membres de sa famille ont été exterminés, dont ses frères et ses parents, elle n’est jamais revenue sur les traces de son sinistre itinéraire à travers l’Europe de l’Est, mais se fait un devoir de témoigner avec force et émotion, depuis le choc que lui a procuré le film « La liste  de Schindler ».

Afin de poursuivre son devoir de mémoire, Frania Haverland a écrit un livre intitulé Tant que je vivrai Tarnow, Plaszow, Birkenau et autres lieux, paru en 2007 aux éditions E-dite.

Article paru sur le site Internet de l’ONACVG (Office national des anciens combattants et victimes de guerre) à propos de la venue de Frania Eisenbach Haverland et Jean Viacroze au lycée Edgard Pisani de Naves – 19460

http://www.onac-vg.fr/fr/actualite-mimc/details/id:1518/