Rencontre avec un journaliste Syrien   Mise à jour récente !


Journaliste syrien exilé en France depuis le 21 octobre 2021, Manar Rachwani est intervenu  au Lycée agricole Edgard-Pisani de Naves.

Manar Rachwani a dû quitter la Syrie, après le massacre de sa ville Hama en 1982. Exilé en Jordanie, il se trouve accusé par les services secrets jordaniens d’espionnage pour les pays européens. Il doit alors fuir.

Sa venue dans l’amphithéâtre de l’établissement scolaire s’est faite dans le cadre de l’action  » Renvoyé spécial  » mise en place par La Maison des Journalistes à Paris.

Nathalie Maisonnas, professeure au sein du lycée, a accueilli favorablement la proposition de Peuple et Culture Corrèze de venir faire témoigner un journaliste sur son métier, sa vie, son expérience.
M. Rachwani est intervenu devant quelque 80 élèves de classes de Bac Pro, BTS agricole etc. Avec leurs enseignants respectifs, ils avaient préparé une série de questions à poser au journaliste.
Les échanges se sont passés dans la langue de Shakespeare. Deux professeures d’anglais ont servi d’interprète le temps des échanges.

M. Rachwani a commencé par une présentation de son cursus professionnel. Il a été rédacteur en chef au sein du média jordanien « Syria Direct » centré sur la crise en Syrie ; chroniqueur et éditorialiste en chef au journal « Al Ghad » et au Qatar de 2007 à 2009 au quotidien « Al-Arab ».
En parallèle de son activité professionnelle, Manar Rachwani a été invité en tant que chercheur-intervenant à plusieurs événements et séminaires traitant du journalisme et des questions des droits et de démocratie. Manar Rachwani est titulaire d’une licence de droit à l’université de Jordanie et d’un master en sciences politiques à Al al-Bayt University, à Mafraq en Jordanie.

 

 

Cartes et statistiques à l’appui, il a expliqué que la liberté d’expression était une donnée rare dans le monde arabe (6%). Le mouvement du Printemps arabe qui avait fait souffler un vent d’espoir a eu peu d’effet sur cette situation politique. Entre le choix de l’ouverture ou celui de la fermeture, « la Syrie et d’autres pays ont fait le choix de plus de répression. En 2021, en termes de liberté dans le monde arabe, seule la Tunisie sort du lot » précisait le journaliste.
De son métier, il a insisté sur sa « dangerosité avec des assassinats ciblés par les régimes en place. Paris est devenue la capitale des journalistes arabes ».

En 1982, Manar Rachwani a connu un premier exil. En effet, avant de partir vivre en Jordanie, il a vécu en Syrie jusqu’en novembre 1982. Il a quitté le pays suite à un massacre dans sa ville Hama perpétré en février 1982.
En Jordanie, il a pu travailler dans un contexte particulier avec des lignes rouges à ne pas franchir… En 2021, il fait face à son deuxième exil : les services secrets jordaniens ont accusé des journalistes syriens qui travaillaient au média « Syria Direct » d’espionnage pour les pays européens, et surtout pour la France. Les salariés ont remarqué que les accusations ont coïncidé avec la normalisation des relations entre la Jordanie et la Syrie.

 

Manar Rachwani à ensuite répondu aux questions des élèves 

 

« Est-ce que le rôle des journalistes est d’expliquer les relations qu’il y a entre Marioupol, Alep, la Russie ? » a interrogé une lycéenne.

« Un journaliste doit dire au monde ce qui se passe sous ses yeux. En Syrie, les criminels ont agi en toute impunité car ils sont dans la sphère du pouvoir ».

Autre question d’un élève : « Qu’est-ce que vous avez en France ? »
« La liberté… Quand j’ai posté une photo de moi sur facebook après mon arrivée en France, les amis m’ont dit que j’avais physiquement changé. Ici les gens sont bien avec moi. Je n’ai pas peur de la police. Je ne suis pas allé en prison en Jordanie mais j’ai été menacé d’aller dans un camp de réfugiés ».

 

 

Le média « Syria Direct » a dû plier bagage sous la pression des services secrets. Le 1er septembre 2021, le média a officiellement fermé en Jordanie, et a été transféré en Allemagne à Berlin. Manar Rachwani a préféré démissionner.

L’ambassade française a rapporté son soutien aux journalistes syriens et leur a accordé un visa humanitaire. Manar Rachwani a dit qu’il pourrait revenir un jour en Syrie « quand la guerre sera finie ».

Actuellement, Manar profite de son temps libre pour visiter les lieux culturels de Paris. Concernant ses projets du futur, il souhaiterait avec ses anciens collègues, profiter de la liberté d’expression présente en France afin de créer un média en ligne d’investigation et d’enquête, spécialisé dans le monde arabe.

Serge Hulpusch